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Cri de coeur d’un militaire sénégalais aux autorités

Dit-on souvent que le silence ne parle pas. D’où la « Grande Muette », une appellation collée aux hommes de tenue. Oui c’est exact, mais ce silence peut traduire beaucoup de choses. Ne pas être syndiqué ne veut nullement pas dire ne pas avoir d’aspirations pour une meilleure prise en compte des conditions de vies des militaires. Mes chers gouvernants, à défaut d’avoir le respect égal à ma noble corporation, ayez au moins cette subtilité de décoder mes non-dits.

Je suis militaire tenu de vivre dans l’omerta, mais je ne suis pas une personne qu’on doit piétiner. Chaque année, plusieurs corporations exigent du gouvernement, une amélioration de leurs conditions de vie, allant même jusqu’à paralyser notre système par des grèves répétitives. Je suis souvent employé pour maintenir l’ordre public au cas où certaines corporations réclameraient haut et fort leurs droits confisqués. Pourtant, moi aussi ce n’est pas parce que ma condition de vie est meilleure. Non, elle est pourtant pire qu’on ne l’imagine. Et j’aimerais bien sortir protester, mais mon éthique me l’interdit formellement.

Qui donc acceptera de parler à ma place ? Ou bien suis-je seulement le plus grand oublié de l’histoire ? Non je refuse. La discipline faisant ma force principale, je n’irais pas casser ; ni brûler, non moins encore barrer des routes pour me faire entendre. Je réclame seulement plus de traitements à mon statut de militaire, régulateur de conflits. Cependant pour mesurer toute ma déception, Messieurs les gouvernants :

Revoyez les primes journalières que vous nous avez alloué par ce décret présidentiel du 01 Mars 2018. Comment pourrait-on évaluer un risque aussi vital à une modique somme n’excédant pas les 6000 frs pour un militaire engagé au front ? Non je dénonce jusqu’à la dernière énergie ce manque de considération de votre part et réclame désormais à plus de respect.

Venez visiter nos casernes. Je suis sûr que vous ne serez pas à l’aise au milieu de ce bazar dont l’état de délabrement ne fait plus aucun doute. A tout instant, je pourrai me retrouver au milieu d’un tas de décombres.

Lisez sur mon bulletin de salaire, je suis persuadé que vous n’en croirez pas à vos yeux. Je demeure le moins ou plutôt le plus mal payé du pays. Oui, des primes j’en veux, mais elles ne doivent pas être contextuelles. Je les reçois parce que je suis au front et les perds toute fois que je retourne en base arrière. Ignoreriez vous que mon repli en base arrière ne serait pas fantaisiste. Non, ce petit répit, j’en ai besoin pour pouvoir être meilleur dans les prochains engagements aux théâtres d’opérations. La guerre se prépare toujours en temps de paix.

Faites en sorte que ma prime de risque soit insérée dans mon salaire, car je demeure l’employé qui encourt plus de risques, toujours exposé au danger. Demain quand vous déciderez de me consacrer un peu de votre temps pour répondre à mes plaintes, Messieurs les gouvernants, n’oubliez point d’augmenter mon petit salaire de misère. A l’instar des autres citoyens, moi aussi, j’ai une famille à entretenir. Je reste la fierté d’une bonne famille et d’une femme qui m’attend toujours à la maison. Celle là qui ne cesse de vivre dans l’angoisse quand je suis au front, celle là mérite tous mes égards.

Enfin demain, s’il m’arrive d’être blessé en cours d’opération et que je devienne un invalide s’il vous plait traitez moi humainement, ne me lésez point. Atténuez ma souffrance en me payant juste mes indemnités et en traitant ma maladie comme il se doit. Par contre s’il m’arrive d’être frappé par la plus belle des morts c’est – à-dire de tomber au champ d’honneur, consolez ma famille donnez lui à elle seule l’intégralité de mes dus. C’est en ce moment seulement, comme un combattant quitte avec sa conscience, que je me vais reposer.

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