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Après 3 ans à la tête de la Section de recherches : Retour sur le parcours du lieutenant-colonel Issa Diack

Dans le brouillard des actualités à flux tendus et des faits-divers rocambolesques, il est important, parfois, de s'arrêter sur certains profils, dont la discrétion et la déontologie spécifique liées aux réalités de leur profession ne permettent pas toujours de les mettre en lumière. Or, au moment où la crise des valeurs et la perte de l'esprit d'abnégation citoyenne gangrènent nos administrations, il subsiste encore de rares commis de l'État entièrement dévoués à leurs missions et qui méritent d'être magnifiés et donnés en exemple au sein des jeunes générations montantes.

Le lieutenant-colonel Issa Diack, qui vient d’achever trois années de bons et loyaux services à la tête de la Section de recherches, est de cette trempe-là. Brillamment admis à la prestigieuse École supérieure de guerre de Paris, “EnQuête” a recueilli une série de témoignages sur son parcours, jusqu’ici, sans-faute.

À l’annonce de la fin de mission du colonel Issa Diack à la tête de la Section de recherches de la gendarmerie, il y a de cela plus d’un mois, “EnQuête” a voulu en savoir un peu plus sur cet homme de l’ombre et l’interviewer. Ses collaborateurs nous ont fait comprendre que Diack avait déjà effectué la passation de service et rejoint Paris. Déterminé à percer le mystère qui l’entoure et lever un pan du travail de titan effectué à la Section de recherches (Sr) durant ces trois dernières années, un véritable “travail d’enquête” a été entamé auprès des enquêteurs, avec pour prétexte la revue du commandement du lieutenant-colonel Diack à la tête de ce service de sécurité sensible.

Déjà, un premier entretien avec un officier supérieur de la gendarmerie a été d’une grande aide et permis d’identifier les personnes-ressources capables d’éclairer notre lanterne.

De cette entrevue, il est ressorti que les prérogatives du chef de la Sr découlent du décret 2001/312 du 26 avril 2001 qui fixe ses missions et sa compétence. La Sr et, par ricochet, son chef, ont pour vocation d’assurer la fourniture d’une assistance aux autres unités, à l’occasion d’affaires nécessitant des connaissances et des techniques particulières ou la mise en œuvre de certains moyens d’investigation, comme dans le cas du décès du douanier de l’aéroport Aibd, des rapprochements sur une zone étendue (affaires en série débordant les limites de compétences des brigades), une certaine disponibilité (affaires nécessitant une préparation ou une exploitation de longue durée), de diligenter des investigations exigeant une haute qualification dans certains domaines.

Par ailleurs, cette unité phare de police judiciaire de la gendarmerie prend en compte, sur décision de la hiérarchie, les enquêtes qui, si elles restaient à la charge des unités initialement saisies, compromettraient l’exécution des autres missions. A ce titre, le rôle du lieutenant-colonel Diack consistait également à centraliser les informations relatives aux crimes et délits commis sur l’ensemble de la zone de responsabilité de la gendarmerie nationale, d’orienter les recherches et de centraliser les demandes des autres formations.

“Clairvoyant et opiniâtre”
Qui de mieux placé pour parler de l’homme et de son action que les personnes avec qui il a travaillé trois années durant ? Ainsi, la visite effectuée à la caserne Samba Diéry Diallo de Colobane a été fructueuse. Elle a permis d’entrer en contact avec un gradé qui a longuement cheminé avec le lieutenant-colonel Diack. Le gendarme, encore sous le charme de son ancien chef, décrit “un homme calme, imperturbable et affable”. Son jeune collègue de bureau se rappelle du colonel Diack comme d’un leader “clairvoyant et opiniâtre”. Il le présente comme un “véritable fou du travail et un perfectionniste”, “très à cheval sur la régularité et la justesse des actions posées par ses subordonnés”.

“Il accordait une importance particulière aux questions de fond”, souligne notre interlocuteur. Qui voit en son ex-chef un “artiste” qui ne lésinait pas sur les moyens et sur les efforts pour donner au résultat le meilleur rendu et la meilleure présentation possibles. Il ajoute que c’était toujours le dernier à quitter le bureau.

Passionné de nouvelles techniques d’investigation
Les échanges avec un jeune cadre de la Plateforme numérique de lutte contre la cybercriminalité ont révélé une autre facette de sa personnalité. Retrouvé au restaurant des gendarmes situé juste à côté de la Sr, cet enquêteur en forensique numérique a rendu hommage à l’esprit de créativité et à la capacité d’innovation du lieutenant-colonel Diack. Et renseigne que c’est lui qui a initié la mise en œuvre de la volonté des chefs de la gendarmerie de créer un pôle technique de police judiciaire. Le cybergendarme explique que cet organe opérationnel, ayant pour mission de participer à la résolution des affaires judiciaires complexes ou demandant de longues investigations, est chargé de prendre en compte les besoins liés à la criminalistique de masse, favoriser les synergies et améliorer l’efficacité de la lutte contre la délinquance numérique.

Passionné des nouvelles techniques d’investigation, le lieutenant-colonel Diack déclarait déjà, lors de la dernière édition du Security Day, que “le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication n’a pas eu que des aspects positifs”. En effet, poursuivait-il dans son intervention, cette transformation civilisationnelle s’est accompagnée d’une nouvelle forme de délinquance pernicieuse qui transpose quasiment toutes les formes d’insécurité du monde réel vers le cyberespace. Diack concluait que “si la répression peut être un moyen de dissuader les cybercriminels, elle n’a que des effets limités sur les causes qui les incitent à commettre leurs méfaits. Raison pour laquelle le Haut-Commandement a développé une panoplie de moyens et de structures pour la prise en charge de cette nouvelle forme de criminalité sous toutes ses coutures”.

Affaire Thione Seck, tuerie de Boffa-Bayottes, enlèvement de Shreekumar Varma…
L’ouverture d’esprit et l’engagement acharné pour le travail bien fait du colonel Diack ont valu d’importants résultats à la gendarmerie nationale, ces trois dernières années. Un gradé, ancien enquêteur à la Sr, en mission à l’étranger, joint par téléphone, rappelle quelques-uns des dossiers les plus saillants sur lesquels la section a eu de très bons résultats sous son magistère. Il s’agit notamment de “l’affaire Thione Seck”. Le jeune officier supérieur, à peine nommé, avait inauguré son magistère en éventant cette affaire “d’association de malfaiteurs, blanchiment d’argent et tentative de contrefaçon de signes monétaires ayant cours légal, contrefaçon de signes monétaires ayant cours légal et corruption active d’agent de la force publique”.

À son tableau de chasse, figure le rocambolesque enlèvement à Dakar de l’écrivain Shreekumar Varma, membre de la famille royale en Inde. Ses ravisseurs réclamaient à sa famille une rançon de 2,5 millions d’euros (soit 1,637 milliard de francs Cfa). L’on se rappelle de l’ingéniosité avec laquelle la Section de recherches de la gendarmerie, grâce à ses moyens humains et techniques, et l’appui du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign), a pu libérer l’otage, après six jours de captivité.

Quelques semaines plus tard, le colonel Issa Diack faisait encore parler de la gendarmerie, en mettant fin à la cavale du commandant Toumba Diakité, objet d’un mandat d’arrêt international depuis 5 ans. Toumba est considéré comme l’acteur majeur du coup d’Etat qui a porté Dadis Camara au pouvoir, avant de tirer sur le même Dadis Camara. Il est accusé des pires atrocités commises lors des événements du 28 septembre 2009 et était l’une des personnes les plus recherchées de la Guinée.

Le sous-officier supérieur poursuit en relatant l’engagement du colonel Diack et de ses hommes, dans le cadre de la lutte antiterroriste. En effet, c’est sous ses ordres que la Section de recherches a déféré plus d’une trentaine de présumés terroristes, dont le plus célèbre est Matar Diokhané. Ce dernier sera condamné par la Chambre criminelle spéciale de Dakar à 20 ans de travaux forcés, reconnu coupable du crime d’actes de terrorisme par association de malfaiteurs.

La liste est loin d’être exhaustive, mais on peut retenir la diligence et le professionnalisme avec lesquels les hommes du colonel Issa Diack ont mené l’enquête sur la tuerie de Boffa-Bayottes, qui avait émue l’opinion nationale et internationale, au mois de janvier dernier. Quatorze coupeurs de bois avaient été sauvagement massacrés dans la forêt de Bayotte-Est. Dépêché par le HautCommandement de la gendarmerie à Ziguinchor, quarante-huit heures après le drame, le colonel Diack et son équipe menèrent une enquête rapide et efficace ayant abouti, au bout de deux semaines, à l’interpellation de 24 personnes présumées auteurs des faits.

Par ailleurs, sous ses ordres, la Section de recherches a effectué de nombreuses saisies de drogue avec, à chaque fois, des quantités records. La dernière a permis de mettre la main sur 3 tonnes de chanvre indien au quartier Mbour 3 de Thiès.

Ces résultats honorables n’étonnent pas le chef de bataillon Ndiaye de l’armée, qui a effectué l’essentiel de ses humanités avec le colonel Diack. Il décrit celui qu’il appelle affectueusement “Inse” comme un crack et un “major-né”. Et c’est avec délectation qu’il raconte que le colonel Diack s’est toujours classé premier partout où il est passé, du Prytanée militaire à l’École de guerre. C’est d’ailleurs suite à sa brillante réussite au concours d’entrée à cette prestigieuse institution qu’il a laissé le commandement de la Section de recherches pour aller faire ses études à Paris.

À propos de l’École de guerre
Elle se trouve au cœur de Paris, dans l’enceinte de l’École militaire fondée en 1751 par Louis XV. L’École de guerre prépare les meilleurs officiers supérieurs des armées françaises, amies et alliées à devenir les chefs militaires de demain. Ses valeurs d’exigence et d’excellence en font une référence mondiale dans l’enseignement militaire au plus haut niveau. Deux cents à 250 officiers supérieurs la rejoignent, chaque année, au terme d’un processus particulièrement sélectif. Ils sont issus de l’armée de terre, de la marine nationale, de l’armée de l’air, des différentes directions ou services, ou encore de la gendarmerie nationale. Elle propose à ces officiers de conforter leurs compétences professionnelles et leur culture générale pour décrypter les clés du monde qui les entoure et préparer ainsi des chefs compétents au leadership affirmé.

C’est dans cette école que le colonel Issa Diack devra effectuer sa formation pour les dix prochains mois. En lui souhaitant plein succès dans cette nouvelle aventure, nous lui donnons rendez-vous très prochainement au Sénégal, pour continuer à participer à relever les nombreux défis sur lesquels la gendarmerie est attendue, dans un environnement sécuritaire nationale en pleine mutation. Bon vent, l’enquêteur.

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