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Au Mali, des chefs militaires renvoyés après un massacre dans un village peul

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L’attaque par une milice dans le centre du pays a fait au moins 134 morts, le pire massacre depuis la fin des principaux combats contre les djihadistes.

Une partie de la hiérarchie militaire malienne a été limogée et une milice de chasseurs dissoute, dimanche 24 mars, au lendemain de la tuerie perpétrée dans le village peul d’Ogossogou, dans le centre du pays. Samedi, 134 personnes ont été massacrées par de présumés chasseurs dogons, selon un bilan avancé par les Nations unies et l’association de défense des droits des populations pastorales Kisal. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière qu’ait connue le pays depuis plus de six ans.

Parmi les militaires limogées par la présidence figurent le chef d’état-major général des armées et celui de l’armée de terre, selon les informations du Monde. Un groupe d’autodéfense dogon, que les associations de défense des Peuls accusent d’avoir mené l’attaque d’Ogossogou, a été dissous par décret.

La tuerie, la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l’opération lancée en 2013, à l’initiative de la France, pour chasser les groupes djihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays, s’est produite en pleine visite du Conseil de sécurité de l’ONU au Mali et au Burkina Faso voisin.

Conseil des ministres extraordinaire

Un conseil des ministres extraordinaire s’est tenu dimanche, en présence du président Ibrahim Boubacar Keïta. Il a annoncé « la dissolution de l’association Dan Nan Ambassagou pour dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l’Etat », a déclaré le premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga à l’issue de la réunion.

Une délégation de ministres et de responsables militaires maliens s’est par ailleurs rendue dimanche à Ogossogou. Comprenant plusieurs ministres, dont ceux de la justice et de la santé, et des responsables militaires, la délégation est arrivée en fin de matinée sur les lieux de l’attaque dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Quelques heures auparavant, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’était déclaré « choqué et outré » par ce massacre, évoquant un bilan d’au moins 134 civils tués, « y compris des femmes et des enfants ». M. Guterres a fait savoir que 55 personnes avaient été également blessées dans le massacre. Il avait aussi appelé « les autorités maliennes à enquêter rapidement sur cette tragédie et à traduire ses auteurs en justice ».

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Dans le village, des corps étaient encore en train d’être ramassés dimanche, selon des témoins. Et des habitants des environs demandaient à être évacués, par crainte de nouvelles attaques, rapportait un élu local.

Depuis l’apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs propres « groupes d’autodéfense ». Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l’ONU.

L’attaque est survenue six jours après un attentat djihadiste à Dioura, dans la même région mais beaucoup plus au nord, contre un camp de l’armée malienne, qui a perdu 26 hommes, selon un dernier bilan de source militaire. Dans un communiqué de revendication vendredi, la principale alliance djihadiste du Sahel liée à Al-Qaida a justifié l’opération de Dioura par les « crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls ».

Appel à « dépasser les divergences »

Parmi les tués d’Ogossogou figuraient « des éléments peuls du DDR cantonnés dans le village », avait fait savoir samedi le préfet de Bankass, Boubacar Kané. Il faisait référence à l’extension au centre du pays depuis le début de l’année du processus de « désarmement, démobilisation et réinsertion » (DDR) prévu par l’accord de paix de 2015 pour les combattants de groupes armés du Nord.

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion à dominante touareg), signataire de cet accord, a appelé dans un communiqué « à la cessation immédiate de ces massacres qui s’apparentent à un véritable pogrom orchestré ». De son côté, la coalition des groupes pro-gouvernementaux également impliqués dans l’accord de paix a condamné ce « crime de masse », exigeant « une commission d’enquête indépendante ». Ces groupes ont également réitéré « leur invitation au gouvernement et aux frères de la CMA sur l’absolue nécessité du dépassement de toutes leurs divergences pour ensemble sécuriser les populations conformément aux engagements pris par tous », en référence aux divergences entre signataires sur l’application de l’accord.

Dans un rapport publié le 5 mars, le secrétaire général de l’ONU affirme que « les six derniers mois ont enregistré davantage d’avancées que le reste de la période écoulée depuis la signature de l’Accord en 2015 », grâce, selon lui, à « la pression internationale, notamment la perspective de sanctions ». Mais « la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du Mali, détourne l’attention de l’Accord et en complique la mise en œuvre », souligne-t-il, citant « l’expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de sécurité et les civils et l’accroissement du nombre de personnes déplacées ».

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