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Serigne Mboup : «J’ai dépassé le temps de militer dans un parti politique»

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Il a plusieurs casquettes. Président de l’Union nationale des Chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Ccias), patron de la Chambre de commerce de Kaolack, Président directeur général du Comptoir commercial Bara Mboup (ccbm), l’homme d’affaires Serigne Mboup veut y ajouter celle de maire de Kaolack. Pur produit de l’école coranique, Serigne Mboup se dit prêt à faire face aux obstacles qui se dresseront devant lui. Dans cet entretien, il revient sur les raisons qui motivent sa candidature, l’implantation d’Auchan à Kaolack, les faiblesses du secteur privé, les réformes souhaitées, entre autres. Comme à son habitude, Serigne Mboup ne met pas de gants pour dire ce qu’il pense.

Vous avez annoncé votre candidature à la mairie de Kaolack aux prochaines élections locales. Qu’est-ce qui vous motive?

D’abord je suis un natif de Kaolack, même si mes origines ne sont pas Saloum-Saloum, mais du Ndiambour. Kaolack m’a vu naître et m’a beaucoup donné. Depuis 2009, je suis le président de la Chambre de commerce de Kaolack et nous sommes parvenu à changer positivement le visage de cette structure. Avec cette expérience réussie à la Chambre de commerce, nous nous avons conscience qu’on ne peut plus ne pas s’impliquer dans la gestion des collectivités locales. Mais comme la politique est l’art de gérer les affaires de la cité et que notre plus grand souhait est de redonner à Kaolack son lustre d’antan, nous nous sommes dit qu’il fallait s’impliquer dans la gestion de la commune. Aujourd’hui la gestion des collectivités locales ne doit plus être seulement une affaire des politiques. Mais une affaire des fils de la localité qui se retrouvent dans un cadre pour un seul et unique objectif : développer leur localité. Notre ambition est d’appuyer l’Etat dans sa vision de décentralisation et d’émergence. J’ai été convaincu par des gens de bonne volonté que Kaolack ne sera pas développé seulement par l’Etat, mais aussi par ses fils. C’est ce qui nous a poussé à déclarer notre candidature à la mairie de Kaolack. Je suis peut-être devant, mais je ne suis pas seul dans ce combat. Je suis avec des Kaolackois de valeur pour réaliser cette ambition. Ce qui m’a le plus motivé, c’est le discours qu’a tenu le chef de l’Etat quand il est venu à Kaolack, exprimant son souhait de redonner au Saloum sa vocation de ville carrefour. Et s’il n’a pas une équipe locale solide, son vœu ne se réalisera jamais.

Cette candidature traduit-elle une insatisfaction de la gestion de l’équipe municipale actuelle ?

C’est évident que nous ne sommes pas satisfait de la gestion de l’équipe municipale actuelle. Mais il ne s’agit pas seulement de Kaolack, c’est la gestion des collectivités locales qui pose problème au Sénégal. Il reste beaucoup à faire. Nous voulons que la tendance soit inversée. Les collectivités locales doivent être plus proches de la population, mais cela passe par leur implication dans les affaires de la cité. Donc, je ne peux pas dire que c’est la gestion de l’équipe municipale actuelle qui ne va pas, il faut changer la manière de gérer nos collectivités locales. Nous ne demandons pas la mairie parce nous ne sommes pas satisfait de la gestion de madame le maire, mais nous voulons apporter une nouvelle touche dans l’administration des collectivités locales.

Quelle note accordez-vous à Mariama Sarr et son équipe ?

Ils ont fait ce qu’ils peuvent. Depuis 2014, ils ne sont pas restés les bras croisés et ils se débrouillent pour faire de leur mieux pour la commune. Mais il reste beaucoup à faire. Nous voulons régler le problème des Kaolackois.

Vous comptez y aller en coalition ou en candidature indépendante ?

Nous voulons rester cohérents dans notre démarche. Et nous sommes convaincus qu’une collectivité locale ne peut aspirer au développement et s’opposer au pouvoir en place. Quand tu t’opposes au pouvoir, on te bloque et tu ne pourras rien faire. Donc, je ne vais pas à la conquête de la mairie de Kaolack pour combattre l’Etat. Nous ne sommes pas dans l’Alliance pour la République (Apr) encore moins dans l’opposition. Nous voulons regrouper des filles et fils de Kaolack pour un management plus concerté de la commune. Ils peuvent être donc du pouvoir, de l’opposition ou de la société civile. Notre ambition est d’appuyer l’Etat dans la réussite de sa politique de décentralisation. Ma personne n’est pas importante, mais c’est l’équipe que nous voulons former qui est importante.

Quels sont les fils de Kaolack avec qui vous comptez allez à ces élections ?

Nous n’excluons personne. Nous allons ratisser large pour réunir tous les fils de la localité soucieux du développement de Kaolack. Donc nous comptons tenir des assises pour cela et nous signerons un pacte. Mieux, nous n’excluons pas que si le maire actuel nous rejoint et qu’on constate qu’elle est la personnalité la mieux indiquée pour diriger la mairie, qu’on se range derrière elle. Ce que l’on veut, c’est un changement de comportement.

Pensez-vous faire le poids devant la machine électorale et les nombreux responsables de l’Apr à Kaolack ?

L’essentiel c’est d’avoir une ambition. Le reste est du domaine de Dieu. Nous sommes convaincus que le combat ne sera pas facile et on s’est bien préparés.

Est-ce qu’il est possible que vous intégriez la liste de l’Apr pour vous positionner en interne ?

Je ne fais pas de la politique. Et j’ai dépassé le temps où je prenais la carte d’un quelconque parti politique pour militer. Je ne milite dans aucun parti et je ne le ferai jamais. Ce que j’ai aujourd’hui me suffit largement. Ce qui m’intéresse c’est le développement de Kaolack. Donc, je trouve maladroit de rejoindre l’Apr où certains penseraient que je viens pour leur faire de ombrage. Je ne suis pas dans des calculs de politique politicienne.

Quels seront vos grands défis si les Kaolackois vous font confiance ?

Si jamais les Kaolackois nous faisaient confiance, notre premier défi serait d’améliorer le cadre de vie de Kaolack. Pour nous, le cadre de vie d’une personne ce sont trois choses : l’emploi, la sécurité et l’éducation. Donc, ces trois domaines seront nos priorités. Et chacun de ces domaines à lui seul suffit pour faire un programme.

Il est annoncé l’installation d’Auchan à Kaolack. Quel rôle y avez-vous joué ?

Je me suis beaucoup investi pour l’implantation d’Auchan à Kaolack. Certes après Dakar et Mbour, Kaolack n’était pas dans les priorités d’Auchan, mais j’ai tout fait pour qu’il s’implante à Kaolack. Parce que nous pensons que ce sont les circuits de distribution qui créent des emplois. A Kaolack nous avons encouragé les femmes pour faire de la production locale et nous les avons appuyées dans l’investissement lourd, avec la création d’une usine de transformation. Ce qui fait que nous sommes la seule Chambre de commerce au Sénégal qui a une usine. Cette production des femmes a besoin d’être écoulée et nous pensons qu’Auchan peut faire l’affaire pour faciliter l’écoulement. Nous avons pris en compte le côté positif d’Auchan. C’est pourquoi nous appuyons son installation à Kaolack. J’ai moi-même démarché Auchan parce que leur priorité c’était Touba et Saint-Louis.

Mais une bataille semble ouverte entre le maire et vous sur la mise en état du site sur lequel Auchan doit s’installer…

Madame le maire n’a pas la bonne information. Auchan ne fait pas dans l’informel. Avant de s’installer quelque part, Auchan fait d’abord un dossier d’agrément complet. Et aujourd’hui, il y a une chose que les gens ne comprennent pas. Beaucoup pensent que le décret protège plus l’économie nationale qu’Auchan. Mais ce n’est pas le cas. Ce décret protège plus Auchan que nous les commerçants. On est en train de combattre Auchan alors que le décret lui est largement favorable et le protège. Il y a eu des erreurs en rédigeant le décret sur l’esprit de la loi et son application. Il y a des failles dans le décret qui protègent Auchan, alors qu’on pensait le combattre. Pour ce qui est de Kaolack, madame le maire était d’accord sur la commission, mais depuis qu’elle a entendu que je suis candidat à la mairie, elle est revenue sur sa décision pour bloquer l’autorisation de construction ou de démolir. Nous n’avons pas de problème. Si nous ne respectons pas la réglementation, elle peut bloquer le projet. Mais ce n’est pas le cas.

Vous pensez qu’elle veut politiser cette affaire ?

Je ne crois pas, parce que si elle était une politicienne pure, elle allait encourager ce projet et non tenter de le bloquer. Puisque si les gens constatent qu’elle est dans une logique économique et qu’elle est prête à changer, nous allons l’appuyer. Elle devait avoir une autre posture que celle qu’elle est en train d’adopter. Cette démarche ne marchera pas. Nous sommes dans notre droit et tout ce qu’elle fait pour bloquer ce projet nous motive davantage. Elle n’a pas une excuse valable pour bloquer le projet de construction. Nous avons un dossier complet qu’on a déposé, elle l’a rejeté, nous userons de toutes les voies de recours. Nous allons faire un recours gracieux pour contraindre le maire à respecter la loi.

Apparemment, vous n’êtes pas sur la même longueur d’ondes que vos collègues de l’Unacois, qui combattent Auchan…

Ils sont libres de combattre Auchan. Mais si on combat quelqu’un, il faut le faire sur des bases claires. Ils peuvent dire qu’Auchan est en train de concurrencer le petit commerce, mais d’un autre côté, il appuie les industriels en facilitant le circuit de distribution. Ce qui peut impacter largement sur le prix d’achat. Ce qui est important, c’est la finalité au niveau du consommateur.

L’installation d’Auchan n’est-elle pas l’échec des opérateurs que vous êtes ?

Je ne pense pas que ce soit un échec pour nous opérateurs. C’est le monde qui fonctionne ainsi. Auchan est né en France et il s’est installé un peu partout. Dans le passé, il n’y avait pas les grandes surfaces en Chine et au Maroc, ces pays accueillent de grandes firmes aujourd’hui. Le Sénégal ne doit pas être en reste, mais c’est l’Etat qui devait poser des conditions en exigeant à ses firmes d’avoir des partenaires nationaux pour pouvoir s’implanter au Sénégal.

Depuis un certain temps, les incendies ont repris dans les marchés, en tant qu’acteur économique, comment vivez-vous cela ?

Quand une bassine est remplie d’eau, elle ne peut que déborder. Les marchés étouffent. La population s’agrandit et il n’y a pas autant de marchés. Les marchés sont saturés. Les risques d’incendies s’accentuent. Il ne faut pas essayer de chercher les causes, il faut chercher des solutions pérennes. Il y a trop de commerçants établis dans de petits espaces et ce sont les collectivités locales qui leur donnent les autorisations. Ils n’ont qu’à régler ce problème. Tout le monde ne peut pas être commerçant, créons des industries pour que les gens aillent faire autre chose. Il faut davantage assister le secteur privé, qui a fait énormément d’efforts dans ce domaine. Il y a plusieurs centres commerciaux qui ont été construits. Mais après, on se dit que cela n’a pas de sens d’en construire, puisque les commerçants désertent les magasins et occupent la rue. Il faut qu’on essaie de fabriquer les produits qu’on commercialise sous nos cieux, cela va créer des emplois, puisqu’une partie des commerçants pourra travailler dans ces fabriques.

Il faut donc désencombrer les marchés ?

Il faudra plutôt les moderniser, parce qu’au Sénégal, les marchés sont sous-exploités. Les marchés peuvent être en hauteur. Il faut des programmes pour mettre les marchés sur trois ou quatre niveaux, comme en Europe.

Est-ce que ce ne sont pas les moyens qui manquent ?

Non. C’est moins cher, cela demande juste une volonté politique très forte. Il faut donner cela à des gens outillés pour la gestion des marchés. Gérer des marchés, gérer des garages, cela doit être l’affaire des privés, les mairies ne peuvent pas le faire et elles en sont conscientes. Elles ne gagnent absolument rien dans la gestion des marchés, au contraire elles font des pertes. Le marché de Kaolack n’apporte pas à la mairie 100 millions F Cfa/an et pourtant, il a une capacité d’apport de plus de 3 milliards F Cfa/an, en termes de revenus locatifs, de patentes.

Le Président avait annoncé le dragage du Port de Kaolack, qu’est-ce qui retarde le projet ?

La Chambre de commerce s’est longtemps battue pour ce projet. C’est nous qui gérons le Port de Kaolack. Des efforts ont été faits, les machines sont là-bas. Maintenant, c’est le rôle de l’Etat de confier les travaux à un opérateur pour que cela puisse démarrer. L’espoir est né, mais l’Etat n’arrive pas encore à se décider. Nous pensons que la période électorale que nous venons de vivre y est pour quelque chose. C’est pourquoi dans les grandes puissances, on se demande souvent si la démocratie ne retarde pas le développement. Depuis six mois, les choses ne bougent presque pas. Il y a eu un changement de gouvernement, peut-être que les choses vont bouger d’ici à l’année prochaine. Ce sont des retards et un retard économique ne se rattrape jamais. Ce n’est pas possible. Nous lançons un cri du cœur à l’endroit du chef de l’Etat pour que les travaux débutent. Nous attirons aussi l’attention des pouvoirs publics. Ils sont en train de construire le pont de Foudiougne, tout le monde applaudit, parce que ça désenclave ce département, mais il y a des risques réels d’entrave au fonctionnement du Port de Kaolack. On ne doit pas prendre le risque de désenclaver Foudiougne en voie terrestre et enclaver Kaolack en voie maritime. La voie maritime est un don de Dieu et il faut en profiter au maximum. Il n’y aucun investissement. Si on voulait amener 200 camions à Kaolack, il suffit de les mettre dans un bateau et le tour est joué. C’est une économie à grande échelle qui s’organise autour d’un port. Il y va de l’intérêt de la population et de la production. Nous en avons parlé avec Ageroute pour qu’elle voie comment faire avec l’Anam pour régler ce problème. Les gens sont en train de négliger ce problème, mais le pont de Foudiougne peut tuer celui de Kaolack et ce serait une catastrophe. Cela va briser l’espoir des Kaolackois. Le Président a dit lors de la campagne électorale qu’il voulait redonner au Saloum sa vocation de ville carrefour. Le développement de Kaolack a toujours reposé sur deux choses : le chemin de fer et le port.

Quel est impact de la reprise des activités du Port dans la vie économique de la ville ?

Tous les pays développés le doivent à leurs ports. Dubaï sans son port, n’existe pas, la Chine sans le port de Sanghaï, n’est rien, Singapour aussi, de même qu’en France, avec le port du Havre. Le port englobe tout et si cela ne marche pas, l’industrie en pâtit. La voie maritime ne coûte pas cher. C’est un moteur, les membres de l’équipage, il n’y a pas de charge, contrairement à la voie ferroviaire ou terrestre. Le port est juste une gare. Il devrait y avoir un port à Mbour, Fatick, Lompoul. Cela allait régler le problème de l’environnement et du coût de production et les industriels allaient forcément se positionner.

Est-ce que les Chambres de commerce jouent véritablement leur rôle au Sénégal ?

Bien sûr. Je vous renvoie à une étude faite récemment par l’Ansd, qui lors de son classement des institutions les plus connues par les opérateurs économiques, a conclu que les chambres de commerce étaient en tête. A l’échelle de Dakar, on peut dire que l’impact de l’Adpme et de l’Apix est plus fort, mais à Kédougou, il n’y pas d’Apix, ni d’Adpme, il n’y a que la chambre de commerce. Même le ministre d’Etat, secrétaire général de le Présidence, Mahammad Boun Abdallah Dionne, a reconnu que c’est grâce aux forums que les chambres de commerce organisaient qu’il a pu obtenir sa formation. C’est tout dire. Il faut que l’Etat nous soutiennent davantage pour que nous puissions jouer notre rôle pleinement. La chambre de commerce s’appuie sur ce dont le marché de l’emploi a besoin et elle fait des formations en ce sens, tandis que l’Etat forme des bacheliers en général. La Chambre de commerce se dit que les compétences dans la grande distribution manquent et pour pallier cela, elle organise des sessions de formation.

IFGM

1 commentaire
  1. Myriam dit

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