Y en a marre dans de sales draps

“Quand le singe veut monter au cocotier, il faut qu’il ait les fesses propres”, dit un fameux proverbe africain. Cette belle leçon de sagesse, beaucoup de figures publiques l’ont appris à leurs dépens, elles qui excellent souvent dans l’art du double discours

Y en a marre dans de sales draps

“Quand le singe veut monter au cocotier, il faut qu’il ait les fesses propres”, dit un fameux proverbe africain. Cette belle leçon de sagesse, beaucoup de figures publiques l’ont appris à leurs dépens, elles qui excellent souvent dans l’art du double discours, tenaillées entre ce qu’elles professent en public et ce qu’elles font quand ni caméras ni appareils photos ne traînent dans les parages. Ces adeptes du “faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais” finissent souvent par être rattrapés par leurs turpitudes. Et là, bonjour les dégâts !

Aux États-Unis, Wesley Goodman était une étoile montante du parti républicain, un conservateur rigide farouchement opposé aux droits des personnes homosexuelles. En 2017, il est contraint à la démission après avoir été surpris dans une position compromettante avec… un homme, qui plus est dans son bureau. Âgé, à l’époque, de 33 ans c’est par cette piteuse scène que prit fin son ascension politique.

En France, au milieu des années 80, un groupe d’hommes politiques de droite était surnommé par la presse “la génération morale”. Et pour cause, soucieux de se démarquer des gaullistes comme Jacques Chirac, ils multipliaient ad nauseam les discours sur l’éthique, la transparence, l’ordre moral et le devoir d’exemplarité des élus. Dix ans après, les figures de proue de cette bande de jeunes loups-Alain Carignon, François Léotard, Michel Noir, Gérard Longuet- seront pris, tour à tour, entre les mailles du filet de la Justice.

Ce qui nous amène à l’AFFAIRE qui défraie la chronique au Sénégal : les accusations d’escroquerie et de trafic de faux passeport qui visent Kilifeu et Simon, deux rappeurs mais surtout deux figures centrales de Y’en A Marre. À mesure que les détails se multiplient dans ce dossier aux ramifications encore complexes, les Sénégalais oscillent entre stupeur, désillusion, déception et incrédulité. Certains, disons-le, éprouvent, par ailleurs, une certaine jubilation malsaine à voir ces parangons de l’intégrité et de la vertu cités dans une affaire aussi nébuleuse.

Y’en A Marre, pour rappel, est né “pour exprimer le ras-le-bol face à l’injustice sociale, la corruption et la mal-gouvernance”, disait, dans un entretien daté de 2012 Fadel Barro, membre fondateur et coordonnateur du mouvement à ses débuts. “Alors à un certain moment on s’est dit que nous les jeunes, il fallait qu’on s’engage. Qu’on s’engage pour rompre avec le fatalisme, pour rompre avec le laxisme, qu’on s’offre en exemple, qu’on s’offre en remède si jamais le pays souffre d’une plaie, qu’on soit le médicament”, ajoutait-il.

Le mouvement, d’emblée, connaît de belles réussites contribuant à susciter une prise de conscience et un bel élan civique au sein de la jeunesse sénégalaise durant la séquence électorale de 2012. Fadel Barro, Thiat, Fou Malade, Kilifeu et Cie ont, par leur volontarisme et leur sens du happening, activement participé à contrecarrer les projets antidémocratiques d’Abdoulaye Wade. Le modèle Y’en A Marre fait ensuite des émules sur le plan continental puisqu’il est une réelle source d’inspiration pour la jeunesse burkinabé lors des journées de contestation qui ont précipité la chute de Blaise Compaoré en 2014.

Quel choc, dès lors, même s’il convient de respecter la présomption d’innocence des incriminés, de voir deux icônes de la jeunesse contestataire sénégalaise tomber dans les dérives qu’elles ont dénoncées pendant une décennie !

Même s’il ne s’agit que de deux de ses membres, le Mouvement Y’en A Marre s’en relèvera-t-il ?

Au Sénégal, autant on est prompt à bâtir des idoles, plus on l’est à les déloger de leur piédestal. La curée médiatique et les commentaires ironiques sur l’air de “les donneurs de leçon ont été pris les mains dans la confiture” montrent à quel point l’on ne se fait pas prier à l’heure de châtier les héros de naguère du haut de la Roche Tarpéienne.

Pour autant, il n’y a guère de motif de réjouissance. Certes, ceux qui ne partageaient pas la ligne politique de Y’en A Marre, et qui ont été dérangés par leur posture de vigie, auront beau jeu se gausser et faire des calembours sur les arroseurs arrosée.

Néanmoins, dans un pays où la parole politique est de plus en plus discréditée, si les lanceurs d’alerte et les figures les plus éminentes de la société civile subissent eux aussi la méfiance, le discrédit et l’hallali, le désenchantement civique risque d’être notre funeste horizon.

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